| Le Sommeil délivré - création 2009 |
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Le sommeil délivré d’après le roman d’Andrée Chedid
Création du 17 au 19 septembre 2009 à 20h30 à la Cour des Trois Coquins à Clermont-Ferrand (63) Le 2 mars 2010 à 20h30 au Strapontin à Issoire (63) Le 19 mars 2010 à 18h30 à l'Espace Culturel la Pléiade à Commentry (03) Le 20 mars 2010 à 20h00 à la salle polvalente d'Apchat (63) Le 26 mars 2010 à 20h30 à la salle socioculturelle de Joncherettes à Rauret (43) Le 22 juillet 2010 à 21h00 au Volcan de Montpeloux à Saillant (63)
Mise en scène : Pascale Siméon Collaboration artistique : Xavier Guittet Interprétation : Pascale Siméon et Xavier Guittet
Costumes : Julie Maison Lumières et scénographie : Hervé Chantepie Musique : Alain Bruel
« J'écris pour essayer de dire des choses vivantes qui bouillonnent au fond de chacun ; j'espère ainsi communiquer. Les sujets que je choisis sont en général marqués par la tragédie et par l'espérance. Je veux garder les yeux ouverts sur les souffrances, le malheur, la cruauté du monde ; mais aussi sur la lumière, sur la beauté, sur tout ce qui nous aide à nous dépasser, à mieux vivre, à parier sur l'avenir. » Andrée Chedid
L’histoire
Après la mort de sa mère, Samya est confiée par son père à un couvent et se retrouve mariée suivant sa condition à un homme plus âgé qu’elle. Elle ne saura pas revendiquer sa liberté et peu à peu se laissera étouffer par une situation contre laquelle son tempérament ne lui permet pas de réagir. Sa vie sera tragique, mais sa présence aura illuminé la vie d’une enfant dont les mains miraculeuses sculptent avec talent. Comme dans les œuvres d’Andrée Chedid, l’espoir est présent et la vie ne s’arrête jamais sur l’échec tant que la solidarité et la beauté du monde sont reconnues par quelques uns.
Note d’intention
En écho à George Dandin (création Ecart Théâtre 2009), j’ai choisi de mettre en scène un très beau texte d’Andrée Chedid pour continuer la réflexion sur la condition de la femme aujourd’hui. Andrée Chedid aborde dans cette œuvre la thématique du mariage arrangé, forcé, dans une famille copte en Egypte. Cette histoire est malheureusement d’actualité et touche beaucoup de jeunes filles en France et dans le monde. Je ne stigmatise aucune religion en particulier mais plutôt des sociétés patriarcales où les femmes n’existent qu’en devenant la mère d’un héritier mâle. Il faut continuer à se mobiliser et le théâtre doit jouer son rôle d’informateur et de passeur.
Je continue avec ce travail à rechercher un théâtre où les comédiens sont porteurs d’une parole dans une grande intimité avec le public. Pas de recherche sur l’espace, un esthétisme sobre, seule l’histoire portée par la parole de l’auteur et l’émotion des acteurs doit être au cœur de cet échange avec les spectateurs. Pour cette adaptation de roman, j’ai choisi d’interpréter le personnage principal, Samya et la jeune Ammal, qui est en quelque sorte son double positif. Xavier Guittet sera le narrateur et prendra en charge les autres personnages, hommes et femmes. Il ne recherchera donc pas l’identification avec les divers protagonistes, il sera le passeur de leur parole.
Pascale Siméon
Extrait
Samya : « C'était le jour de notre mariage. Nous étions venus par le train. Le cocher Abou Sliman nous attendait à la gare pour nous emmener à l'intérieur des terres. Je portais encore ma robe de satin blanc. »
Boutros : « C'est notre maison! Voilà la clé, monte au second étage. Je te rejoindrai après avoir vu les employés du bureau. Fais leur un signe de tête en passant. »
Samya : « Les cinq employés nous attendaient devant la porte. Ils chuchotaient en se frottant les mains pour se donner une contenance. Le voile entre les bras, la couronne de fleurs d'oranger autour du poignet, j'avançais à petits pas, entravée par ma jupe. Je dis bonjour à tous. L'un d'eux avait une verrue énorme au coin de l'œil. Ils répondirent à mon salut, et puis se tournèrent vers Boutros pour le féliciter. A l'église, ce matin-là, le prêtre m'avait donnée à cet homme. Il nous avait bénis tous les deux comme si nous étions faits l'un pour l'autre. Il s'était contenté de mon « oui» pour me donner à cet homme avec des mots qui enchaînaient éternellement. Et puis, il était parti avec des gestes solennels. J'appartenais à cet homme qu'on m'avait imposé et sa voix dure m'atteignait depuis le seuil.. J'étais dans l'escalier et je montais vers la porte de cet homme, vers sa chambre, vers son lit. Je montais péniblement. La soie de ma robe me collait aux jambes. Je montais péniblement, comme prise entre la chambre et cette voix. Il n'y avait pas de fenêtre dans l'escalier, rien qu'une lucarne aux vitres sales. Rien qu'une lucarne et, soudain, ce rire d'enfant. Ce fut comme si on me secouait des grelots en plein visage. Je cherchai l'enfant et la trouvai accroupie à l'angle du palier. Le nez, les joues, la bouche, le menton se perdaient dans son rire. Elle riait de moi, elle riait de se trouver là, elle riait d'avoir été surprise. C'était si bon, ce rire, que j'y mêlai le mien. »
Crédit Régis Nardoux |
| © 2010 Cécile Breuil |